Le nouvel album : Povero III

Malgré les efforts déployés par la bête afin de se terrer loin de tout, les douze titres laconiques de ce troisième album regorgent d’échos du présent. Un jeu de cache-cache avec le monde en train de se faire. Garder un peu de distance sans ignorer son temps ; jouer en marge sans se mettre à l’écart… Plongées dans des arrangements plus dépouillés, les mélodies désabusées de l’homme orchestre s’affirment plus doucereuses, retenues. Des cuivres voilés aux synthés heurtés, les expérimentations sonores se postent sur des rythmiques assoupies tandis qu’une guitare plus libre vient s’abandonner au vide. Innocence, inquiétude. Rêverie ou torpeur. Peuplant ses mots de toutes les sortes de moutons à cinq pattes, Povero façonne une nouvelle fois sa calme noirceur mélancolique.

Originaire du Sud de la France, Povero a d’abord exercé son désintérêt dans de trop longues études d’ingénieur qui le conduisirent de ses pénates à la capitale puis vers l’Angleterre. Enfin arrivé à l’heure des entretiens d’embauche, il s’enfuie vers le Cinéma, dans lequel il travaille pendant une dizaines d’années, passant de stagiaire exploité à réalisateur de documentaires fauchés mais O’combien intéressants… Il tourne des films dans des hôtels perdus au Japon (ici) et (là), dans des ateliers de peintres méconnus (là), dans des bars malfamés du Sud de la France (ici) ; selon une méthode d’immersion qui le fait se prendre pour un ethnologue… Mais tard le soir, mirant la lune pleine, il extraie de lancinants couinements de ses guitares. Le son le taraude. L’animal se sent une âme de musicien : il choisit de bifurquer de nouveau. Et après s’être fait la main sur les musiques de ses films, il décide de mettre au point le premier Povero, le bien nommé ‘I‘, qu’il compose tout en construisant son studio dans le sous-sol de sa tanière montpelliéraine. On l’y entend suer tout son sang, maudire le temps, pleurer l’immortalité : au grand dam de son entourage plombé par tant de joie de vivre. En 2017, rebelote. Dans un album qu’il considère comme son plus joyeux, Povero revient raboter le monde en musique. Il offre l’élégiaque  O’Pater, le très critique Le Boeu(f), et la sournoiserie Sur La Gueule Des Gens.

http://povero.free.fr/

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