KRISMENN : hip hop Breton et électronique.

Des côtes du Finistère aux forêts de Centre Bretagne, de la guitare slide au beatbox, de la gavotte au grime, en passant par le bluegrass, Krismenn semble avoir déjà vécu plusieurs vies.

Au collège il se passionne pour le rap, mais aussi pour le chant breton. A 18 ans il s’installe en Centre Bretagne, là où la langue locale est la plus vivace, où la densité de chanteurs traditionnels est la plus forte. Pendant 3 ans, auprès des anciens, il étudie les secrets du chant à danser Kan Ha Diskan ou ceux de la complainte gwerz. En 2002 il part vivre deux ans au Québec. Ce pays lui offre deux révélations : le bluegrass, qu’il pratiquera à son retour en France et le hip hop en québécois. En observant les canadiens francophones assumer leur flow à fort accent, ses scrupules à rapper en Breton s’effacent.
Entre 2004 et 2006, il intègre la Kreiz Breizh Akademi, la formation à la musique modale crée par le chanteur Erik Marchand et s’installe en Centre Bretagne. Peu à peu les pièces du puzzle se mettent en place et son projet solo démarre en 2010.
En six années, ponctuées d’une poignée de concerts remarquables et de deux ep autoproduits, Krismenn collectionne les prix et les louanges.
En solo ou en compagnie d’Alem, double champion mondial 2015 de human beatbox, le chanteur breton suscite la curiosité et déclenche l’enthousiasme. Sa démarche est originale, mais il serait trop simple de la résumer à une rencontre du chant traditionnel breton et du hip-hop le plus contemporain. De son riche parcours, il assume chaque détail qu’il a su assimiler.

Son premier album est attendu, mais il ne veut pas le délivrer trop vite. Pas question qu’il se résume au simple reflet appliqué de ce qu’il a déjà offert sur scène.
« ‘N om gustumiñ deus an deñvalijenn » (S’habituer à l’obscurité) n’est pas un disque bilan, c’est un œuvre inédite, poétique et très personnelle.
Sur « Dont a reont adarre » ou « Hunvreoù merglet » on se rapproche des avant gardes du hip hop, tendance grime, électro ou glitch. Pour créer des rythmiques et ambiances bruitistes, Krismenn puise dans son environnement : coups de haches, bourdon de clôture électrique, bouillonnements de cuve de fuel de son tracteur ou impacts de cailloux tombant dans un puits. Des enregistrements de terrains, ensuite retaillés et mis en forme avec Nicolas Pougnand du groupe Xmakeena, avec qui, en binôme, il ciselle la production.
A d’autres endroits l’affaire prend la forme d’un western breton. Ses guitares ou celles d’Etienne Grass d’Electric Bazar sont voyageuses. Le bandonéon de Philippe Ollivier qui signe la belle mélodie de « Liv Mut » ou le violoncelle d’Alexis Bocher, souvent retraité par ordinateur, offrent des textures sans âge. La contrebasse de Krismenn apporte une assise organique et sa voix, tour à tour sauvage, douce, fragile ou incisive rend l’ensemble passionnant.
Les onzes morceaux, qu’accompagnent autant de photographies remarquables, en noir et blanc, signées par Krismenn, forment un tout. Difficile de suspendre le cours de ce récit allégorique et non linéaire qui reflète l’âme un peu mystique de sa région et interroge notre époque droit dans les yeux.

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